mardi 18 décembre 2012

Oxford Business Group : Le segment de la téléphonie mobile poursuit son expansion



Maroc : Le segment de la téléphonie mobile poursuit son expansion

A l’instar de nombreux autres marchés émergents de par le monde, la téléphonie mobile continue son ascension au Maroc, stimulée par une concurrence en hausse et des prix en baisse depuis un an et demi. Le taux de pénétration du téléphone portable a augmenté tellement vite ces dernières années qu’il dépasse déjà l’objectif fixé par le gouvernement dans le cadre de sa stratégie « Maroc Numeric 2013 », à savoir atteindre 34 millions d’abonnements téléphoniques (fixe et portable) d’ici l’an prochain.

Toutefois, si cet objectif a été dépassé mi-2011 c’est grâce à une hausse des abonnements de téléphonie mobile, qui se chiffrent actuellement à 38,3 millions pour une population d’à peine plus de 32 millions d’habitants. En effet, le taux de pénétration actuel de la téléphonie mobile se situe autour des 120%, contre 113,6% fin 2011.

C’est Maroc Telecom qui se taille la part la plus large en termes de nombre d’abonnés, contrôlant 47,07% du marché, suivi de Méditel avec 29,93% et de Wana avec 23%. Depuis décembre 2011, Maroc Telecom a vu son nombre de clients augmenter de 896 000 personnes, tandis que Wana enregistre 1,14 millions d’abonnements supplémentaires. En revanche, Méditel a perdu 574 000 clients depuis l’an dernier.

« La concurrence s’est accrue sur le marché des télécommunications depuis que Wana s’est vu attribuer une licence GSM début 2010. », a expliqué Fayçal Allouch, analyste télécommunications chez CFG Group, aux experts d’OBG. « Leur stratégie a consisté à rivaliser sur la base de prix bas à travers une série de promotions musclées sur les services prépayés. Les promotions sur le marché sont désormais plus importantes et plus fréquentes. Récemment, la réaction de Maroc Telecom face à la pression concurrentielle a semblé positive comparée à celle de Méditel, dont les parts de marché sont en chute libre depuis quelques trimestres. »

Ces résultats sont dus en partie à plusieurs réformes législatives et administratives qui ont non seulement stimulé la demande mais aussi favorisé l’émergence d’un environnement opérationnel plus concurrentiel. Au cours des deux dernières années, l’Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications (ANRT) a déterminé un éventail de nouvelles règles à destination à la fois des opérateurs et des clients, notamment en matière d’annulation et de renouvellement de contrats.

Parmi ces règles, l’ANRT donne désormais au client la possibilité de résilier son contrat avant terme sans que l’opérateur ne lui impose des pénalités; au lieu de quoi, l’opérateur peut lui réclamer un remboursement des frais courants jusqu'à l’échéance initiale. L’ANRT oblige également les entreprises à s’assurer du consentement des clients avant de renouveler les contrats arrivés à terme. D’autres nouvelles lois ont été publiées en avril 2011 : les abonnés de la téléphonie mobile et fixe peuvent désormais changer d’opérateur tout en conservant leur numéro. Si ce service est gratuit pour le client, le nouvel opérateur doit s’acquitter de la somme forfaitaire de 70 dirhams (6,2 euros).

Les services prépayés dominent le segment de la téléphonie mobile : ils représentent environ 95,3% des abonnements. « Ce chiffre (95%) est assez typique des pays du Maghreb. », a précisé Mohamed Elmandjra, Directeur Général de Méditel, aux analystes d’OBG. « On a ici affaire à un taux élevé parce que les gens veulent pouvoir contrôler leurs dépenses, sans oublier les problèmes de dettes et de remboursement. C’est également une question d’habitude. »

Suite au lancement de Wana en 2010, les trois opérateurs se sont livrés à une concurrence féroce, introduisant diverses offres promotionnelles sur les appels, les SMS, l’internet mobile et les téléphones portables. Par exemple, « Jawal Thaniya », offre proposée par Maroc Telecom, facture aux clients 0,03 dirhams la seconde de communication tandis que Wana propose les forfaits Kibghit, le moins cher permettant un total de 6 heures d’appels mensuels pour la somme de 88 dirhams (7,9 euros). Quant à Méditel, l’opérateur a mis en place une offre mensuelle à 79 dirhams (7.1 euros) pour 6 heures d’appels vers un seul numéro en plus de 4 heures d’appels vers des postes fixes dans 8 pays différents.

Résultat, la recette moyenne par minute de communication a chuté, passant de 0,76 dirhams (0,07 euros) à 0,57 dirhams (0,05 euros) entre septembre 2011 et septembre 2012, soit une baisse de 25% en glissement annuel et une diminution considérable par rapport au tarif de 1,63 dirham (0,15 euros) de 2006.

Mais si la baisse des recettes diminue, la durée des appels augmente. En effet, l’utilisateur marocain de téléphone portable a dépensé en moyenne 72 minutes par mois au troisième trimestre 2012, contre une moyenne mensuelle de 57 minutes en décembre 2011. Dans l’ensemble, les appels sortants se sont chiffrés à 9 milliards de minutes au troisième trimestre 2012, une nette augmentation par rapport au chiffre de 6,3 milliards de minutes enregistré l’année précédente et une hausse de 43,3% en glissement annuel.

Cependant, la plus longue durée des appels n’a pas suffi à contrebalancer les recettes en baisse du segment de la téléphonie mobile, entamant les marges bénéficiaires des entreprises de télécommunications. En effet, le chiffre d’affaires de Maroc Telecom en septembre 2012 tournait autour de 22,5 milliards de dirhams (2,02 milliards d’euros), en baisse de 3% par rapport à la même période en 2011. Le total des ventes nationales a chuté de 7,1% ou 17,6 milliards de dirhams (1,58 milliard d’euros), du fait de la baisse de 7,2% du segment de la téléphonie mobile et de 11,5% du segment de la téléphonie fixe. Méditel affichait le même chiffre d’affaires, situé autour des 2,8 milliards de dirhams (251 millions d’euros) au premier semestre 2012 que l’année précédente. Quant Wana, ses résultats du premier semestre 2012 n’étaient pas encore disponibles début décembre.

La baisse des prix a engendré un environnement plus concurrentiel entre les principaux opérateurs du pays, à la fois désireux de conserver leurs parts de marché et de stimuler le nombre d’abonnements et l’activité du secteur. L’utilisation du téléphone portable devrait poursuivre sa progression vu que les services deviennent toujours plus abordables. Le déploiement du réseau de téléphonie mobile 4G prévu pour fin 2013 devrait également entraîner plus de concurrence. Reste à savoir dans quelle mesure les opérateurs vont ajuster leurs prix et quels bénéfices ils pourront dégager.

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