jeudi 26 septembre 2013

Oxford Business Group - Le Maroc renforce sa politique de croissance des exportations

«La hausse et la diversification des exportations marocaines devraient permettre au Royaume de réduire sa dépendance sur les capitaux étrangers», soulignent les experts de l'OBG. Ph : MAP

Les efforts déployés par le gouvernement marocain pour encourager la croissance des exportations ont revêtu une importance sans précédent à l’heure où l’on prévoit une période difficile pour les marchés émergents qui affichent un lourd déficit courant. En cas de succès, la stratégie du royaume baptisée « Maroc Export Plus », qui vise à multiplier par trois les exportations pour atteindre le chiffre de 327 milliards de dirhams (29,32 milliards d’euros) d’ici 2018, permettra de réduire la dépendance du pays envers les capitaux étrangers et de diversifier l’offre exportable.
Un récent rapport de Morgan Stanley indique que le déficit courant marocain enregistré à ce stade de l’année 2013 occupe la troisième place mondiale en pourcentage du PIB, devancé seulement par le Liban et l’Ukraine, et s’établit à 7% du PIB. Le repli attendu de l’assouplissement quantitatif aux États-Unis entrainera une diminution des dollars disponibles pour l’investissement étranger, exposant le Maroc à une baisse des entrées de capitaux. Une croissance soutenue des secteurs d’exportation, surtout en dehors des segments des phosphates et de l’agriculture, permettrait de réduire le déficit courant actuel et de renforcer l’économie marocaine.

Initiatives d’exportation

Plusieurs initiatives lancées par l’État viennent étayer la stratégie Maroc Export Plus, notamment le programme Contrats de Croissance à l’Export (CCE). Le programme CCE apporte un appui financier direct aux entreprises qui vendent des produits à l’étranger – jusqu’à 5 millions de dirhams (450 000 euros) pour les entreprises exportatrices confirmées et 2 millions de dirhams (180 000 euros) pour les sociétés émergentes. Les entreprises souhaitant participer au programme doivent soumettre un business plan qui présente un nouveau produit d’exportation ou un nouveau marché cible. Le gouvernement compte investir 1 milliard de dirhams (90 millions d’euros) sur trois ans et faire profiter du programme 375 entreprises exportatrices. Début août, 25 candidats s’étaient déjà inscrits.
Le royaume s’emploie également à renforcer ses liens bilatéraux à l’extérieur du cercle traditionnel de ses partenaires européens, chez qui la demande a progressé de manière peu soutenue ces dernières années. La Commission Mixte de Coopération Bilatérale Maroco-Saoudienne a créé un fonds d’investissement doté de 800 millions de dirhams (71,73 millions d’euros) en vue de stimuler les échanges commerciaux. Les deux pays planchent également sur la mise en place d’une ligne maritime directe qui relierait les ports de Tanger-Med, Radès et Djeddah. Le volume total des échanges entre l’Arabie Saoudite et le Maroc était d’environ 3,3 milliards d’euros en 2012, sachant qu’il s’agit en grande partie d’exportations de pétrole saoudien vers le Maroc.

Derniers résultats

Selon les derniers chiffres publiés par l’Office des Changes, les exportations de biens ont accusé une baisse de 1% au cours des sept premiers mois de l’année, comparé à la même période en 2012, et atteignent 108,1 milliards de dirhams (9,69 milliards d’euros). Ce léger recul s’explique toutefois en grande partie par une baisse en valeur de 18,6% des ventes de phosphates, le premier produit d’exportation en valeur, du fait de la contraction de la demande mondiale. Les exportations totales de biens, hors phosphates, affichent une hausse de 5,2%.
Une analyse détaillée des récents chiffres montre plusieurs segments florissants. Le secteur de l’aéronautique affiche une hausse de 28,7% de ses exportations à fin juillet 2013 par rapport aux sept premiers mois de l’année 2012, passant de 3,6 milliards de dirhams (320 millions d’euros) à 4,6 milliards de dirhams (410 millions d’euros). Si l’aéronautique ne représente qu’à peine plus de 4% des exportations, il s’agit d’un secteur à fort potentiel qui pourrait contribuer à la diversification des exportations du pays, jusqu’alors dominées par les matières premières, au profit d’une production de pointe et à forte valeur ajoutée. En outre, un secteur des exportations aéronautiques fort devrait avoir des retombées positives sur le développement de compétences et de capacités techniques. Le Maroc vise à doubler la taille du secteur d’ici 2020, un objectif qui semble atteignable au vu des prévisions de forte demande mondiale de nouveaux avions sur les vingt prochaines années.
Les exportations automobiles affichent également de bons résultats sur les sept premiers mois de 2013 : elles sont passées de 14,7 milliards de dirhams (1,2 milliard d’euros) à 17,1 milliards de dirhams (1,53 milliard d’euros), soit une croissance globale de 16,6% par rapport à la même période l’année dernière. Le gros de la croissance provient de la construction automobile, qui a vu ses exportations grimper de 59%, passant de 3,8 milliards de dirhams (340 millions d’euros) à 6 milliards de dirhams (540 millions d’euros). Le câblage automobile enregistre une hausse plus modérée de 1,9% et passe de 9,1 milliards de dirhams (820 millions d’euros) à 9,3 milliards de dirhams (830 millions d’euros).

Diversification de l’offre exportable

La croissance de secteurs d’exportation moins importants par le passé et la baisse en valeur des exportations de phosphates se sont traduits par une offre exportable légèrement plus variée. En plus de la croissance à deux chiffres enregistrée par les secteurs de l’aéronautique et de l’automobile à fin juillet, les exportations pharmaceutiques ont progressé de 8,6% (passant de 486 millions de dirhams [43,57 millions d’euros] à 528 millions de dirhams [47,34 millions d’euros]), tandis que les exportations du secteur électronique ont grimpé de 9,4% (de 4,2 millions de dirhams [380 000 euros] à 4,6 millions de dirhams [410 000 euros]). La deuxième plus grande catégorie d’exportations, à savoir les produits agricoles et alimentaires, affiche une croissance de 7,7% (de 1,9 milliard de dirhams [170 millions d’euros] à 2,07 milliards de dirhams [190 millions d’euros]). En conséquence de quoi la part des phosphates dans le total des exportations a évolué à la baisse, s’établissant à 21,4% à fin juillet, contre 26,1% l’année précédente. Les exportations automobiles représentent maintenant 15,9% des exportations, soit une hausse de 2,4 points de pourcentage, tandis que les exportations aéronautiques sont passées de 3,3% à 4,3%.
Néanmoins, le Maroc demeure excessivement dépendant des exportations de matières premières, notamment des phosphates et des produits agricoles, qui représentent plus de 40% des ventes à l’étranger. Une situation qui rend l’économie vulnérable aux fluctuations de la demande mondiale et des cours des matières premières. Il est donc important, sur le moyen terme, de poursuivre les efforts de diversification de l’offre exportable et on peut s’attendre à ce que le gouvernement continue de mettre l’accent sur les secteurs automobile et aéronautique, qui semblent particulièrement prometteurs en matière de croissance à valeur ajoutée.

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